Quels véritables enjeux d’intérêt général à l’Haÿ ?

Avec l’arrivée du métro, le projet du centre-ville soulève de nombreux enjeux dans notre ville très étendue et divisée en nombreux quartiers (Vieux bourg, Locarno, Lallier-Bicêtre, Jardins parisiens, Petit Robinson, …). L’un des enjeux, présenté par la municipalité elle-même, est la réunification d’un grand centre-ville, comprenant le « cœur de ville » et « le secteur Locarno » et destiné à terme à être facilement connecté au secteur de Lallier-Bicêtre où va arriver la ligne 14 du métro. Si cet enjeu n’est pas respecté dans les nouveaux projets d’aménagement de la ville alors cela voudrait dire qu’il n’y a aucun projet de ville et qu’il s’agit uniquement d’opérations immobilières hétérogènes et géographiquement distantes.  Sans projet de ville, les finances publiques ne peuvent être sollicitées et l’intérêt général invoqué.

Alors de quoi avons-nous réellement besoin pour la ville de l’Haÿ-les-Roses ?

Enjeu n°1 :  la réunification des quartiers.

Qu’en est-il de la réunification d’un grand centre-ville, comprenant le « cœur de ville » et « le secteur Locarno » et destiné à terme à être facilement connecté au secteur de Lallier-Bicêtre où va arriver la ligne 14 du métro ?

Une nouvelle fois, c’est la politique « du tout voiture » qui est choisie par la municipalité. Pourtant sans projet de voies piétonnes, de circulation douce (vélos), notre ville est condamnée au manque de convivialité et à n’être plus qu’une cité dortoir. C’est l’inverse des politiques modernes de gestion de la ville qui se poursuit sans interruption depuis les années 1970 pour l’Haÿ. Et bien sûr cela ne fonctionne pas, les commerces sont déprimés, les quartiers isolés !

http://www.slate.fr/story/144466/france-zone-commerciale-geante

Que faire face à cette situation ?

D’abord observons nos voisins immédiats : Bourg-la-Reine, Sceaux, … Ces villes ont su préserver leur centre-ville avec un bâti ancien, des commerces nombreux, un marché central, des services publics peu éloignés les uns des autres. Mais aussi, des squares et des jardins préservés et des parcs facilement accessibles à pied, des contre-allées plantées d’arbres, des avenues et boulevards à la circulation régulée (aménagement approprié et réduction des voies). Les projets d’aménagements actuels de l’Haÿ-les-Roses vont s’étaler sur deux kilomètres, amener de nouveaux commerces place de l’Eglise (collés à la Roseraie), d’autres en lieu et place du square Léon Jouhaux, d’autres à l’emplacement du marché actuel de Locarno et d’autres encore vers le métro.  Par conséquent, les commerces n’auront ni le bénéfice d’un centre dédié identifié, ni d’une inter complémentarité attractive.

Aucune contre-allée plantée d’arbres n’est prévue, ni pour les piétons ni pour les vélos rue Thirard et la ville ne prévoit rien contre les nuisances du boulevard Paul Vaillant Couturier.

On veut nous condamner à la voiture et à une ville aux commerces éparses sans véritable centre-ville. Il faudrait au contraire revoir la circulation dans le centre-ville, à Locarno et vers le nouveau métro, prévoir plus de voies piétonnes et de sens uniques (afin de protéger les passants), des pistes à vélo, utiliser les parkings à l’extérieur du vieux Bourg (qui existent déjà) … Les commerces, contrairement aux idées reçues, en tireront grand bénéfice (pour preuve voir l’expérience des villes voisines).

On pourrait tirer profit de l’exemple des villes moyennes allemandes :

 « Accéder au cœur piétonnier à pied… En quittant les rues piétonnes, le promeneur n’est pas immédiatement confronté à des axes routiers majeurs. La transition se fait en douceur. On marche d’abord dans une rue semi-piétonne, puis dans une voie où la vitesse est limitée à 30 km/h, ensuite survient un boulevard passant et enfin une quatre voies menant vers l’autoroute. Cette gradation, tous ces axes étant bordés de trottoirs, permet une accessibilité de la zone piétonne à pied. Oui, à pied, un aspect que l’on néglige souvent lorsqu’on imagine l’accessibilité d’un cœur commerçant. »

http://transports.blog.lemonde.fr/2017/09/22/allemagne-villes-moyennes/

Enjeu n°2 : le traitement des nuisances de l’autoroute et du boulevard Paul Vaillant Couturier.

Il est difficile de concevoir que va se dresser un nouveau quartier en lieu et place du marché Locarno sans qu’au minimum les nuisances de ces deux grands axes soient traitées.

Même si un nouveau revêtement est programmé pour couvrir l’autoroute A6b afin d’atténuer le bruit, rien n’est prévu pour résoudre le problème de la pollution atmosphérique générée. Pourtant elle est intense entre l’autoroute et le boulevard. Or, le square Léon Jouhaux qui a le mérite d’apporter un peu de fraicheur et d’oxygène aux nombreux boulistes qui se détendent l’été sous les grands arbres est menacé par la reconstruction d’un nouveau marché Locarno. A l’heure où l’on essaie de mettre en valeur les trames vertes pour réintroduire de la nature dans les villes sur-densifiées, il est curieux de vouloir raser le square Léon Jouhaux qui fait partie d’une coulée verte et qui plus est dans un endroit extrêmement pollué. Améliorer cette coulée verte et prévoir une traversée sécurisée à son intersection avec le boulevard Paul Vaillant Couturier pour les vélos et les piétons paraît être la moindre des choses (actuellement, il n’y a même pas de passage piéton à l’intersection de la coulée et du boulevard).  Le square est un vrai lieu de vie des habitants de l’Haÿ-les-Roses qu’il est impensable de raser pour le remplacer par un centre commercial. Les centres commerciaux où il faut consommer ne constitueront jamais des lieux de détente et de convivialité. Et même si la ville a prévu un autre terrain de boule de remplacement (sous le soleil), parions que c’est une étape supplémentaire dans l’achèvement de la dévitalisation de notre ville.

Un véritable projet d’aménagement de la ville dans l’intérêt général doit avoir pour point de départ l’observation du mode de vie des habitants d’un quartier. Il doit protéger et améliorer les véritables lieux de vie et non pas les détruire. Les vrais besoins en matière d’infrastructures et de voirie n’apparaissent pas dans les nouveaux projets d’aménagement de la ville.

Enjeu n°3 : le patrimoine

Enfin n’oublions pas la particularité de l’Hay-les-Roses qui lui vaut ses nombreux visiteurs : le Parc de la Roseraie, dont la Roseraie est classée au patrimoine national. A ce titre ses abords sont protégés.

Il est essentiel de préserver les arbres à ses abords qui constituent un poumon végétal pour le vieux Bourg. C’est l’écrin de verdure qui met en valeur et sublime les roses. Toutes les roseraies que nous connaissons et que nous avons visitées sont toujours entourées d’arbres, c’est l’esprit des paysagistes de l’époque de Jules Gravereaux. De plus, comme dans beaucoup de parcs (exemple du parc de Saint-Cloud), l’église que l’on aperçoit du parc fait partie intégrante du paysage.  Nous avons la chance d’avoir une vue intéressante et intemporelle lorsque nous nous promenons dans le parc de la Roseraie. Soyons perspicaces et conservons-la. C’est aussi tout le travail des paysagistes modernes de comprendre les perspectives intéressantes et de mettre en valeur les édifices anciens en harmonie avec la végétation d’un parc.

Au contraire, dans le projet d’aménagement de la ville, cette vue est complétement bouchée par des bâtiments trop denses pour le centre-bourg. D’ailleurs qui peut dire qu’une grande surface comme un Monoprix peut constituer une mise en valeur d’une entrée de parc ? Connaissez-vous d’autres parcs où c’est le cas ? Vincennes ? le Parc de Sceaux ? Les buttes Chaumont ? Versailles, Boulogne, parc de l’île Saint-Germain, Jardin des plantes à Paris ??, etc…

Une grande surface et des résidences, ce sont aussi des camions de livraison, des poubelles, des encombrants (très mal gérés par la ville). On ne peut pas vraiment dire que cela va constituer une « mise en valeur de l’entrée de la Roseraie ».

Enjeu n°4 : les finances

Les impôts locaux dans notre commune sont très élevés par rapport aux communes voisines. La ville est déjà très endettée. La ville annonce d’ores et déjà en conseil municipal du 28 septembre 2017 une augmentation supplémentaire des impôts locaux alors qu’elle avait été élue pour stopper cette hémorragie et non pas pour mettre en place des projets pharaoniques de concessions (nouvel emprunt de la ville sur quelle durée?). Seuls 50% des habitants de l’Haÿ-les-Roses paient des impôts. Les projets présentés actuellement sont surévalués par rapport aux besoins de la ville et vont l’empêcher de se concentrer sur les véritables enjeux (réunification des quartiers, lutte contre les nuisances de l’autoroute et du boulevard Pierre Vaillant Couturier, amélioration de la voirie et des infrastructures). Loin d’attirer de nouveaux habitants « fortunés » comme l’espère la municipalité (qui ne trouveront pas les infrastructures en rapport avec le standing attendu), les projets risquent de faire fuir les habitants qui paient les taxes, entrainant la baisse de la valeur des logements et un engrenage dangereux. L’Haÿ-les-Roses subit déjà de plein fouet les conséquences de constructions mal pensées qui ont défiguré son centre-ville, transformé en cité-dortoir et déprimé ses commerces.

Ce qui est contraire à l’intérêt général dans notre ville :

  1. Sacrifier les espaces verts publics (quatre au total). Supprimer les seuls vrais lieux de vie restants (boules à Léon Jouhaux, manège à la Roseraie, marché de Noël…) de la cité dortoir qu’est devenu la ville. On remarquera que cette vie s’exprime toujours sous les arbres de haute tige salvateurs en plein été.
  2. Ne pas traiter le problème de cohérence de notre ville et par conséquent de cohésion sociale.
  3. Ne pas apporter de solution à la dépression des commerces en ne luttant pas contre leur étalement.
  4. Ne pas privilégier la rénovation et la « couture urbaine », les projets d’infrastructures publiques et de voirie (contre allées plantées d’arbres, rétrécissement des voies pour le boulevard Pierre Vaillant Couturier, etc…).
  5. Vouloir implanter un nouveau quartier (Locarno) entre deux grands axes sans en traiter réellement les nuisances
  6. Privilégier le « tout voiture » sans aucun objectif de mobilité douce.
  7. Commercialiser les abords de la Roseraie qui sont protégés au titre du patrimoine.
  8. Avoir mis en place un nouveau PLU entre 2014 et 2016, sans véritable concertation et sans référence au développement durable.
  9. Organiser en 2017 des tables rondes d’Agenda 21, après avoir bouclé le nouveau PLU en 2016. Et réfléchir à l’Haÿ dans un siècle à travers l’Agenda 21, tout en évitant de commencer dès aujourd’hui les bonnes pratiques pour l’environnement.
  10. Faire des choix d’aménagement surdimensionnés pour notre ville sous le prétexte de l’arrivée du métro.
  11. Faire le choix d’un endettement important pour la ville dans une situation d’incertitude générale quant aux financements futurs des municipalités (taxe d’habitation etc…).
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Nous avons besoin d’oxygène !

Une raison souvent invoquée pour justifier les nouveaux projets de BTP en ville est qu’il faut limiter le morcellement des campagnes. Portée par Cécile Duflot, la loi ALUR (pour l’accès au logement et un urbanisme rénové) du 24 mars 2014 s’est fixée entre autres objectifs la densification des zones urbaines, « construire là où sont les besoins » et « lutter contre l’étalement urbain ». Nous en payons aujourd’hui les conséquences. Si l’on peut comprendre aisément la nécessité de préserver les terres agricoles, cette loi insuffisamment réfléchie et préparée a engendré des dommages  non calculés. Outre que la loi ALUR fait le bonheur des promoteurs (qui n’en avaient pas réellement besoin, vu le bétonnage généralisé antérieur) et des banques, elle n’a prévu aucun garde-fous pour préserver la biodiversité et la nature en ville, absolument nécessaires à la survie d’une grande partie de la population concentrée en ville. Cette loi ravive la défiguration des paysages urbains déjà connue dans les années 1970 et toujours présente dans notre quotidien.

 C’est donc aux élus locaux de prévoir une politique intelligente pour préserver un cadre de vie agréable et développer une politique active de promotion de la biodiversité en accord avec la COP 21 et les orientations nationales de transition écologique. L’environnement n’est pas la politique qui coûte le plus cher, sauf quand il faut réparer les dégâts (destruction ou pollution).

Densification ou désertification ?

La densification devait permettre à la fois de résoudre la « crise du logement » et de garantir la protection de l’environnement en évitant d’artificialiser davantage les sols.

On peut légitimement s’interroger sur les réels besoins en terme de construction quand l’on connaît le chiffre des logements vides en Ile-de-France (voir carte des logements vacants).


Vue aérienne de l’Ile-de-France    

Mais surtout quelle est la définition retenue pour l’étalement urbain ? Anéantir des espaces publics verts n’est-ce pas une forme d’étalement urbain ? La densification ne devrait-elle pas signifier la meilleure utilisation de ce qui est déjà artificialisé ? C’est-à-dire la rénovation des logements délabrés, l’aménagement des constructions existantes, l’amélioration du cadre de vie pour donner envie à de nouveaux habitants de venir occuper des logements actuellement laissés vides ?

A l’Haÿ-les-Roses, où la densité urbaine est déjà grande, on le voit sur l’image aérienne ci-dessous, quatre espaces verts sont menacés : les abords du parc de la Roseraie en centre-ville, le square Léon Jouhaux (marché Locarno), le square Lallier (future gare) et le square Baudin.

 
L’Haÿ-les-Roses, vue du ciel                                   Espaces verts menacés en rouge

Cette politique d’aménagement par la destruction des espaces verts ne prend pas du tout en compte les enjeux de la ville de demain qui sont :

  • la gestion des ilots de chaleur dans un contexte de réchauffement climatique et de densification urbaine
  • la réduction des émissions de gaz à effet de serre (lors de la COP 21, l’objectif lancé était de limiter à 2°C le réchauffement climatique d’ici 2100)
  • le contrôle de la qualité de l’air et de l’eau
  • la réduction des nuisances sonores
  • le maintien et le développement de la biodiversité en ville

Or le maintien et la plantation des arbres dans la ville sont nécessaires pour répondre à toutes ces problématiques. En effet, un arbre au cours de sa vie stocke du CO2 et rejette de l’oxygène, c’est le phénomène bien connu de la photosynthèse. Il participe ainsi à renouveler l’air que nous respirons tout en fixant des polluants atmosphériques, en purifiant l’eau et en stabilisant les sols. De plus, les zones arborées constituent des ilots de fraîcheur car les arbres stoppent par leur feuillage les rayons du soleil et rafraichissent l’atmosphère par évapotranspiration. Arbres, arbustes, haies et bosquets sont autant de milieux naturels permettant d’abriter des espèces d’oiseaux, de petits mammifères, d’insectes qui contribuent à entretenir un écosystème. (Les rôles de l’arbre en ville)

A Paris, le moindre espace de verdure ou coin ombragé préservé suscite étonnement et engouement parfois à la limite du ridicule. Nous aussi serons-nous étonnés bientôt de voir un arbre ou un carré de verdure à l’Haÿ?

Un espoir est cependant permis quand on voit que dans de nombreux parcs parisiens, la tendance est à la gestion différenciée, c’est-à-dire un jardinage doux qui laisse la nature reconquérir une partie des espaces. La redécouverte et le maintien d’espèces végétales d’Ile-de-France aujourd’hui en voie de disparition est devenue l’une des priorités. La nature et le sous-sol de notre région sont d’une richesse incroyable et méritent d’être préservés.

Des outils de sauvegarde de la biodiversité existent déjà…

Ces enjeux sont bien compris des scientifiques, par certaines associations et institutions. Des outils juridiques et réglementaires ont même été élaborés à l’échelle nationale. Parmi les dispositifs existants, on peut recenser la trame verte et bleue (TVB), les schémas régionaux de cohérence écologique (SRCE) ou encore les atlas de la biodiversité (ABC).

  • Trame verte et bleue (TVB) et Schéma Régional de Cohérence Écologique (SRCE)

La trame verte et bleue est un concept qui permet d’identifier et de reconstituer des continuités écologiques entre réservoirs naturels et corridors verts. Le SRCE donne les grandes lignes de continuité à respecter à l’échelle de la région. Il s’agit de le compléter dans les documents d’urbanisme locaux (PLU notamment). Or à l’Haÿ-les-Roses ce travail n’a pas été fait et il n’en est même pas question.

Pour en savoir plus sur ces dispositifs et d’autres encore, le site de la DRIEE.

Un exemple réussi de trame verte et bleue, Nantes métropole : https://www.youtube.com/watch?v=gS3kyPaCC1k&feature=youtu.be

  • Atlas de la biodiversité communale (ABC)

Les atlas sont des opportunités à saisir pour les riverains (habitants et élus) afin de prendre conscience de la biodiversité de l’environnement local. Il s’agit de rassembler les connaissances disponibles sur le milieu naturel de la commune et de les compléter par des inventaires et des cartographies qui demandent la participation de tous les habitants qui le souhaitent. Ce dispositif doit naturellement déboucher sur des actions de préservation de la faune et de la flore au niveau de la commune et de l’intercommunalité.

Pour plus d’information, la page des atlas de la biodiversité sur le site du ministère de la Transition écologique et solidaire.

D’autres propositions émergent comme les zones urbaines vertes (PLU de Paris 2016) ou les coefficients de biotope (déjà expérimentés à Berlin). Les administrations ou les élus n’ont cependant qu’un seul leitmotiv « combien ça coûte? » ou bien encore « l’équilibre des finances publiques ».  Alors il faudrait commencer par ne pas détruire le peu de végétation qui subsiste, c’est le capital d’oxygène qui nous reste pour que nous puissions continuer à vivre dans les villes.

L’Haÿ-les-Roses possède un potentiel écologique qui ne demande qu’à être reconnu et valorisé : elle bénéficie du parc départemental de la Roseraie, du parc de la bièvre et de sa coulée verte, d’une promenade verte allant de l’autoroute au boulevard de la Vanne, de multiples sentiers traversant les quartiers résidentiels, sans oublier ses jardins privatifs tout aussi nécessaires à la continuité écologique. C’est tout ce réseau vert, qui une fois connecté pourrait constituer notre trame verte et bleue et permettre à la biodiversité de circuler et à nos poumons de respirer. A condition de ne pas raser le moindre espace vert présent. Alors, COP 21 et lutte contre le réchauffement climatique ou bétonnage galopant ? C’est aujourd’hui que se fait le choix.

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Le saviez-vous ?

Des études outre-atlantique ont montré que :

  • un arbre mature effectue le même travail de rafraîchissement que 5 climatiseurs  moyens fonctionnant 19 heures par jour (Johnston
    et Newton, 2004)
  •  pour ce qui est de l’absorption de CO2, un petit arbre absorbe 16 kg/an tandis qu’un grand arbre en absorbe 360 kg / an (en raison de la surface foliaire qui est multipliée). Il faudrait donc 23 jeunes arbres pour tenter de compenser ce seul service écologique rendu par un arbre mature (Mcpherson et Simpson, 1999 cités dans Gosselin, 2015). Si on souhaite procéder à la plantation d’arbres de plus grande taille, donc plus âgés, il faut savoir que leurs chances de survie sur leur nouveau site seront beaucoup plus faibles que s’il s’agit de jeunes arbres en raison des pertes racinaires lors de la transplantation. La compensation de la perte d’arbres matures est donc très ardue. Voilà pourquoi il importe de tout mettre en œuvre pour les protéger et de procéder à la plantations de jeunes arbres le plus tôt possible !
    Cf. https://vivreenville.org

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Quiz Roseraie

La Roseraie de l’Hay est-elle la plus ancienne de France ?

La roseraie du Jardin des plantes de Lyon a été créée en 1805 grâce à un don de sa collection par Joséphine de Beauharnais. Ces dons sont à l’origine de l’essor des rosiéristes de Lyon.
Actuellement, la Roseraie de l’Hay n’est donc pas la plus ancienne mais plutôt la plus ancienne gardée en l’état et encore…

La Roseraie de l’Hay est-elle la plus grande de France ?

Grande comment ? Par la superficie ? Par le nombre de rosiers plantés ?

Cette carte nous montre qu’elle n’est pas la plus grande de France ni par sa superficie ni par le nombre de rosiers :

http://www.societefrancaisedesroses.asso.fr/fr/parcs_et_jardins_de_roses/roseraies_a_visiter.html

En fait, la vraie particularité de la Roseraie de l’hay est sa qualité paysagère et son rôle historique avec des collections très anciennes directement héritées de celles de la Malmaison et certainement du jardin du Luxembourg. Elle contient la plus importante collection de variétés de roses en France (Environ 3000 variétés). Elle est  considérée comme un conservatoire botanique de premier plan en France. Mais au début du 20ème siècle, elle réunissait près de 7000 variétés. Plus de la moitié ont donc disparu en un siècle. Et ces dernières années ce sont encore 300 variétés supplémentaires qui n’ont pu être sauvegardées.

Les roses sont un patrimoine vivant. La Roseraie a besoin de son écosystème.Elle est donc en danger !

Son tracé ancien avec ses compositions lui vaut d’être classée monument historique et son paysage proche et lointain est remarquable et justifie ce label.
Mais surtout elle a été créée par un véritable artiste de renommée internationale : le paysagiste Edouard André. Son œuvre artistique ne doit pas être dénaturée.

La Roseraie de l’Hay est-elle la plus grande Roseraie d’Europe ?

La plus grande Roseraie d’Europe et du monde baptisée Europa-Rosarium est en Allemagne à Sangerhausen dans le Land de Saxe-Anhalt.

Jules Gravereaux avait établi une correspondance régulière avec Peter Lambert, rosiériste, collectionneur et chercheur allemand. En 1899, Peter Lambert dans la revue Rosen-Zeitung dont il est le rédacteur en chef écrit :

« Monsieur Jules Gravereaux, de la « Roseraie de L’Haÿ » a mis à la disposition de la Roseraie de Sangerhausen l’ensemble de sa collection. Nous l’en remercions et espérons pouvoir lui rendre la pareille, pensant que les collections allemandes et françaises seront, à l’avenir, davantage complémentaires. »

La roseraie Sangerhausen a été ouverte en 1903 à l’occasion du congrès de l’association allemande des « Amis des roses » sur une superficie initiale de 1,5 hectare. Elle est donc la contemporaine de la Roseraie de l’Hay à 4 ans près et de la même superficie environ à l’origine. Son tracé actuel en revanche a été élaboré beaucoup plus tardivement : elle a été redessinée en 1998 par les architectes paysagistes Ingomar Lang et Hella Brumme.
Cette Roseraie n’est bordée ni menacée par aucune construction d’immeubles ! Son écosystème est intact.
Elle présente environ 60 000 plants de rosiers de 7 800 variétés appartenant à 40 catégories, dont :
500 rosiers sauvages (espèces et variétés botaniques), 6 500 cultivars  (variétés cultivées).

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L’esprit du paysagiste Edouard André

Pour comprendre l’œuvre du paysagiste Edouard André, on peut lire son ouvrage de référence de « l’Art des Jardins – Traité général des parcs et jardins » publié en 1879. Dans cet ouvrage, Edouard André explique comment il s’appuie sur la nature environnante pour mettre en perspective son œuvre. Tout comme pour les architectes, l’art du paysage comprends plusieurs plans et perspectives.

Au 19ème siècle, « les parcs sont conçus pour mettre en scène le spectacle de la campagne environnante, les vues sont ménagées, les arbres forment des « coulisses » pour mettre en valeur les premiers plans et reculer les derniers (André, 1879). » Dans son livre, Edouard André explique comment élaborer plusieurs plans d’arbres avec des essences différentes qu’il cite et comment empêcher le paysage urbain de pénétrer ses œuvres.
Sa vision est celle d’une nature « arrangée à la française » qui s’ouvre sur un paysage plus naturel et sauvage (et pas sur la ville et des immeubles de 15m).

Il définit son style composite ou mixte, style de l’avenir à ses yeux, comme résultant d’un judicieux mélange du style régulier, appelé communément style français et du style paysager.
« C’est de l’union intime de l’Art et de la Nature, de l’Architecture et du Paysage que naîtront les meilleures compositions de jardins ».

1 ) en Page 136

Si des objets élevés, malgré qu’ils n’offrent pas en eux-mêmes une beauté marquée sont néanmoins d’un effet pittoresque dans le paysage, comme clochers, tours, phares, ruines, sommets de montagnes, on augmentera leur éloignement et en même temps leur effet en dirigeant la vue sur eux, à travers le feuillage, par des percées étroites et habilement dirigées […]. Un résultat analogue, mais plus frappant encore, sera obtenu, si l’on encadre ces objets dans une ouverture de forme architecturale, dont le profil vigoureux fait l’office du cadre d’une peinture. Je citerai deux exemples de cette disposition : l’un dans le parc de Brooklyn, près New-York, où un autre coin de paysage vu dans le cadre circulaire de l’arche d’un pont donne la plus charmante scène et produit une illusion d’éloignement considérable ; […] ».

Donc ce que nous avions remarqué ici : http://betonatort.fr/index.php/perspective-de-la-roseraie/photo 5 est bel est bien voulu par l’artiste et fait partie de sa composition. En obturer la vue endommagerait l’œuvre classée aux monuments historiques.

Aout 2017                                                                   Pentecôte 2019

                           

2) En page 341

« Je dois exprimer mon sentiment sur le respect dû aux beaux et vieux arbres et prendre leur défense devant les gens qui ne résistent pas à la tentation de les abattre sans nécessité absolue. Les arbres doivent être conservés dès qu’il y a doute sur l’opportunité de les supprimer. C’est à l’artiste à faire pour eux des sacrifices, à modifier ses plans, à tirer profit de leurs formes nobles,grandioses, tourmentées ou pittoresques ».

Edouard André avait conservé les cyprès-chauves, Taxodium distichum, ou encore un majestueux hêtre pourpre, Fagus atropurpurea, ou encore un frêne pleureur, Fraxinus excelsior, var. pendula, qu’il avait intégrés dans le dessin des parterres, de même qu’il introduisit des plates-bandes fleuries et une véranda afin de satisfaire aux exigences de son temps ».

3) En page 421

Rosarium. — Une partie spéciale du jardin-fleuriste peut être consacrée à la culture du rosier. Les véritables amateurs de ce bel arbuste diront qu’un espace réservé lui est indispensable, et que les roses ne produisent tout leur effet ornemental que  détachées sur un fond de verdure habilement préparé.

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Pour que Roseraie ne meurt

Comment disparaissent les Roseraies ?

La collection de roses, de la Malmaison, créée en 1804 pour l’impératrice Joséphine ne lui a pas survécu. Après son décès en 1814, la collection (2000 rosiers dont environ 200 variétés venues du monde entier) est échangée par son rosiériste André Dupont contre une rente versée par la chambre des pairs (le sénat actuel).

Cette chambre avait recruté Julien-Alexandre Hardy en 1816 comme premier garçon jardinier au jardin de la chambre des pairs où il a découvert les roses de la Malmaison et pendant toute sa carrière comme jardinier en chef(1817-1859), il les a soignées, multipliées avec soin dans la roseraie du Luxembourg. Il est le créateur de la célèbre rose Madame Hardy.

Les travaux d’urbanisation à marche forcée du préfet-Baron Haussmann pendant le second empire en ont balayé une importante partie et Julien-Alexandre Hardy a assisté à ce désastre. Lors de la percée des grands boulevards Saint Michel et Vaugirard, les parisiens ont fait une pétition de 12 000 signatures contre le lotissement du jardin botanique et de la pépinière très ancienne des chartreux (1650).

Maupassant donne de la pépinière une description qui justifie l’indignation de la population :

 » C’était comme un jardin oublié de l’autre siècle, un jardin joli comme un doux sourire de vieille. Des haies touffues séparaient les allées étroites et régulières, allées calmes entre deux murs de feuillages taillés avec méthode. Les grands ciseaux du jardinier alignaient sans relâche les cloisons de branches ; de place en place on rencontrait des parterres de fleurs, des plates-bandes de petits arbres rangés comme des collégiens en promenade, des sociétés de rosiers magnifiques et des régiments d’arbres à fruits. »

La pépinière était aussi la plus ancienne et importante collection d’arbres fruitiers de France et d’Europe. Elle représentait un  fleuron agricole français de tout premier plan et un savoir-faire séculaire.

Mais c’était à l’époque de Napoléon III et la France n’était ni une démocratie ni une république. C’était un empire autoproclamé à la suite d’un coup d’état.  Le souverain  ébloui par d’autres intérêts n’avait aucune conscience de la richesse de ce patrimoine horticole inestimable.

Les plus illustres auteurs du 19 ème siècle (Hugo, Maupassant, Zola, Balzac,…) par leur sensibilité ont su rendre compte de la grossièreté de l’affairisme de cette époque. Le roman d’Emile Zola, La curée décrit la société sans vergogne d’alors  et le dépeçage de Paris par les spéculateurs.

C’est ainsi que disparurent nombre de lieu d’intérêt historique comme le marché des Innocents ou l’église Saint-Benoît-le-Bétourné. Sans prendre conscience du patrimoine national, des voies rectilignes étaient tracées et des immeubles uniformes construits.

La protection des monuments historiques n’existait pas, ni la loi de 1913, ni la loi Malraux et aucune des lois modernes concernant le périmètre et la protection des abords des monuments historiques. C’était la jungle !

Désormais en 2019, chacun et à tous les niveaux doit prendre conscience , de la nécessité de protéger les monuments historiques si fragiles et leurs abords (qui participent à l’ambiance et à la qualité d’un lieu) et s’apercevoir enfin des dégâts irréversibles de l’artificialisation excessive des sols, de l’urgence de la préservation de la biodiversité et de la qualité écologique et paysagère du territoire.

« Entendu au sens de la Convention de Florence, le terme « paysage » désigne « une partie de territoire telle que perçue par les populations, dont le caractère résulte de l’action de facteurs naturels et/ou humains et de leurs interrelations ». Ainsi, « prendre en compte les paysages » signifie tenir compte des significations et des valeurs attachées à cette partie de territoire et partagées par une population.

https://www.cohesion-territoires.gouv.fr/le-paysage-dans-les-documents-durbanisme

La pétition nationale pour la préservation de l’écosystème de la Roseraie de l’Hay a reçu près de 16 000 signatures, il est grand temps d’écouter la population et de comprendre l’intérêt de conserver l’écosystème de la Roseraie pour que puisse s’épanouir et se développer à nouveau la plus belle collection horticole de roses de France dans un paysage sauvegardé :

https://www.mesopinions.com/petition/nature-environnement/roseraie-hay-roses-danger/53347

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